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Macron ou le coup d’après ?


Tribune de Clara Sabban, communicante, spécialiste des enjeux publics

On a beaucoup dit de la communication de l’exécutif qu’elle était approximative en cette période de crise sanitaire sans précédent. En réalité, tant la communication sur l’évolution de la situation sanitaire s’est trouvée brouillonne, tant celle sur le volet économique fait preuve de maîtrise et d’anticipation.

Dès la première allocution dédiée à la crise sanitaire, Emmanuel Macron a choisi ses armes, avant même que le confinement ne se dessine : combattre le virus, « quoi qu’il en coûte ». Cela marque l’idée que son plan de sauvetage sera avant tout économique. Le temps de “guerre sanitaire” sera décrété plus tard.

Ce qui est sûr, c’est que la temporalité de ces expressions, désormais ancrées dans la conscience collective, n’a pas été laissé au hasard. Ce qui est sûr aussi, c’est que seuls les pays en capacité à puiser dans de puissantes ressources économiques et industrielles ont été félicités pour leur anticipation. Le cas français n’en fait pas partie.

Face à ce constat, trois interprétations du comportement du chef de l‘État : le complotisme (penser que la réalité cachée du virus est bien plus sanglante), l’accusation (dénoncer son incapacité à faire face), ou le machiavélisme (un tacticien dont les plans pour sortir de la crise sont déjà conçus).

La portée de son dernier discours, rythmé par une sensation de chaud-froid, renforce la théorie machiavélienne: reconnaître ses failles tout en portant le poids d’une bureaucratie participant à la suffocation du pays, admettre des manquements tout en appelant à l’unité de la nation, inquiéter sur l’ampleur de l’épidémie tout en rassurant sur l’avenir. Preuve d’un mécanisme tactique. Les failles sont réelles et ont été admises. Mais n’est-ce pas l’aveu conscient de la défaite de la guerre sanitaire, qui était perdue d’avance, au profit de la relance économique ?

La France fait face à une réalité invraisemblable : sans la Chine, les Français ne peuvent être ni protégés, ni soignés. Cette dépendance économique a longtemps été condamnée, avec dans le lot, les méfaits de la mondialisation et de la délocalisation de nos industries. Mais ce qui étaient concepts économiques deviennent, avec la crise sanitaire, réalité opérationnelle.

Cette prise de conscience induit inéluctablement à bouleverser les équilibres et modèles en place. Or ce sont des instants qui sont chers au Président de la République, car ils sont sa force. L’une de ses caractéristiques, c’est son approche disruptive des problèmes, la tentation de la table rase, la remise en cause d’un modèle déjà installé. La preuve, son accession au pouvoir, qui a détruit le paysage politique français établi depuis des décennies. Le défi qui l’attend répond donc à sa « raison d’être ».

À temps de guerre, plan de relance économique de guerre. Emmanuel Macron s’inspire de la gestion allemande de la crise de 2008 pour annoncer le chômage partiel, qu’il vante comme le dispositif le plus généreux d’Europe. ll communique sur les mesures qui financeront la détresse de chaque acteur économique et non sur leur montant global. Son approche économique n’a rien d’un enchevêtrement incohérent de mesures isolées. Il fait le choix d’une politique keynésianiste, celui de l’État-providence, un état interventionniste fort et protecteur.

Qui envoyer au front des médias pour répondre de manière pédagogue aux interrogations des Français sur la situation sanitaire, et dans le même temps, montrer que le gouvernement tient son cap économique ? Le Premier ministre, le ministre de la Santé, et… Bruno Le Maire, omniprésent dans les médias, au risque de tensions avec Matignon. Le président le sait : il n’échappera pas à la critique de sa gestion sanitaire balbutiante. Mais comment sortir vainqueur d’une situation mouvante d’un jour à l’autre ? En revanche, préserver l’avenir économique est un enjeu à la hauteur d’un homme de vision. Son pari face au Covid-19 est donc économique. Son modèle ? Une politique interventionniste fondée sur la demande, un retour du « made in France » et du souverainisme européen, une politique fiscale qui maintient l’attractivité de la France. Comme s’il faisait déjà l’apologie d’un nouveau modèle post-capitaliste, auquel la France aura été un des premiers initiateurs. Lorsque viendra le temps des comptes, Macron rougira probablement du bilan sanitaire, mais fera valoir un dispositif économique qui empêchera notre pays de plonger dans la profonde récession. Qui vivra verra. Mini-Bio : Clara Sabban, communicante, spécialiste des enjeux publics a été conseillère en cabinet ministériel avant de retourner dans le privé.

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