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Les élus ont pris de l’avance sur la modernisation de l’État


Tribune de Salima Saa, membre du conseil de surveillance de la Fondapol, membre du conseil d’administration de l’AFD et ancienne présidente de l’Agence pour la Cohésion Sociale et l’Égalité

Ces dernières semaines de gestion de crise du Covid-19 mettent en lumière une France à deux vitesses. D’un côté, l’État freiné par la technostructure peine à trouver des solutions, à stabiliser son discours, et à établir une doctrine. Les prises de parole du Gouvernement se multiplient, en contrepoint de celles de Jérôme Salomon, sans apporter de mouvement réel vers la France post-confinement. De l’autre, au cœur des territoires, les élus et les entrepreneurs agissent au quotidien, à petite échelle pour écouter, répondre, porter secours. Ce que le Covid-19 nous apprend, c’est que la crise et son impact concret sur la vie des Français se gèrent à hauteur de territoire, à hauteur de département et de préfet. Il y a un peu plus d’un an, les territoires s’étaient brutalement rappelés à nous sous la forme de la gronde des gilets jaunes. La France des plus privilégiés a fait face à la France qui travaille sans pouvoir vivre de ses efforts. La France périurbaine a pris forme sous nos yeux et elle a réclamé plus d’écoute et plus de justice sociale.

La gestion de la crise du Covid-19 nous amène vers la même réalité incontournable des territoires. Depuis l’annonce du confinement, ce sont les maires, les préfets et les présidents de région qui sont au-devant de la scène pour organiser les modalités techniques de notre nouveau mode de vie collectif. Les présidents de région ont adapté leurs procédures pour pouvoir acheter et délivrer des masques au cœur des territoires. Ce sont les élus qui sont aux côtés des Français pour écouter, répondre, créer des réseaux d’entraide. Ils n’ont pas ménagé leur temps ni leur disponibilité, ils ne se sont pas laissé arrêter par la pesanteur administrative ou la présomption d’impossibilité. Ce sont eux le pilier et le visage de la confiance pour les Français. Le lien social, c’est d’abord les élus. Il est temps de leur faire confiance.

Tout le monde propose son idée du monde d’après. Le monde d’après se lit déjà dans ce qui se joue au cœur des territoires. Dans le monde d’après, il nous faudra avoir conscience que le territoire est notre échelle d’action nationale. La technocratie n’est qu’un mode transitoire de Gouvernement. Il nous faut revenir à la vérité du territoire. Concrètement, comment peut-on achever l’abaissement du centre de gravité de l’action politique ? En rendant d’abord toute leur liberté aux territoires et à leurs acteurs. Or, il n’y a pas de liberté sans équité, pas de liberté sans égalité des chances, pas de liberté sans politique ciblée sur les populations défavorisées des quartiers et des zones périurbaines. La liberté et la capacité à s’auto-déterminer commencent par la dignité de ceux qui ont une éducation et la possibilité de trouver un emploi.

Ensuite, le monde d’après sera celui de la solidarité et de l’entraide. Les élus se sont déjà constitués en associations, comme l’association des Maires de France, mais aussi France urbaine ou Villes de France. Ils partagent les bonnes pratiques, apprennent ensemble, se soutiennent. Les élus sont en avance sur la transformation de l’Etat. Solidarité et responsabilité sont l’ADN du monde post-covid.

Enfin, le lien entre l’Etat et les élus doit être profondément modernisé, en particulier le dialogue de gestion financière avec les élus des territoires « Elus/Etat » et « local/national ». Proposons que le transfert de moyens soit plus étroitement conditionné aux résultats obtenus.

Au moment du déconfinement, au-delà des mesures barrières et de l’effort sanitaire, il nous faut proposer un récit qui remet les Français en marche, un récit qui rassemble la France malgré les différentes expériences que nous avons eues de cette crise. Ce récit passe par la capacité d’action et de retournement des territoires. Cette crise est une occasion de réaffirmer ensemble que nous croyons en l’égalité, en la diversité et en la capacité d’auto-détermination des Français.

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