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La peur de mourir suffirait-elle pour détruire l’Etat de droit, valeur cardinale de l’Union européen


Tribune de Martine Meheut, Philosophe, présidente d’honneur de « Citoyennes pour l’Europe »


La situation exceptionnelle que nous vivons ne peut nous tétaniser au point de fermer les yeux devant les atteintes à l’Etat de droit sous prétexte de sauver notre peau. L’Union européenne est un ensemble d’Etats démocratiques qui ont la possibilité, dans le cadre de la lutte contre la pandémie actuelle, d’obtenir l’accord de leurs Parlements pour légiférer par ordonnance en vertu de l’état d’urgence, mais, bien sûr, pour une durée limitée décidée en fonction des exigences (en France, 2 mois renouvelables).


Or, le Président Viktor Orban a immédiatement saisi l’occasion pour obtenir de légiférer par décret sans fixer aucune durée, enfreignant encore une fois les règles de l’Etat de droit et le respect des libertés. La Hongrie, par différence avec la Chine, est un Etat membre de l’Union Européenne. Le Fidesz, parti de Victor Orban, n’est toujours pas exclu du PPE au Parlement européen et l’article 7, prévoyant la suspension du droit de vote d’un Etat membre, requérant l’unanimité des Etats pour déclencher sa procédure, n’a aucune chance d’aboutir.


Certes, Ursula von der Leyen a rappelé mardi dernier que les mesures d’urgence ne doivent pas durer indéfiniment, mais c’est Donald Tusk, Président sortant du Conseil européen, qui nous avait déjà mis en garde dans son discours au Collège d’Europe le 13 novembre dernier :

« Car à quoi servent l’unité, la souveraineté et la solidarité, si nous sommes incapables de défendre l’Europe, comprise comme un territoire de liberté, de culture et de droit, contre ses adversaires externes et internes ? Si nous ne sommes pas capables de défendre l’Europe également contre nos faiblesses et nos hésitations, contre la tentation de pactiser avec le diable, et contre la soumission à la puissance et à la brutalité ? L’Europe n’est pas un continent au sens géographique du terme. C’est un continent au sens axiologique ».


La peur est toujours mauvaise conseillère. Citoyens européens que nous sommes, resterons-nous vigilants au respect de ce qui donne sens à l’Europe : l’Etat de droit, les responsabilités individuelles, la solidarité que pourtant les Etats ont commencé par mettre en pièces ?


L’Europe ne vivra qu’ainsi.

Biographie de Martine Meheut


Ancienne du Collège d’Europe de Bruges, agrégée de philosophie, enseignante et auteure d’essais, dont « L’invention du bonheur » (Biblis, CNRS éditions, 2015). Prix femmes-Europe 1998. Vice-présidente du Mouvement pour l’Europe- France, Vice-Présidente de l’Association européenne de l’éducation-France. Présidente d’honneur de l’association « Citoyennes pour l’Europe ».

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