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La crise du Coronavirus interroge fortement le fonctionnement des marchés de l’énergie


Interview de Jean-François Carenco, président de la Commission de régulation de l’énergie


Vous êtes Président de la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Une autorité administrative indépendante, qui a de nombreuses missions, qui participent à la construction du marché européen de l’énergie, concourt au bon fonctionnement des marchés du gaz et de l’électricité, fixe leur tarif et met en œuvre des dispositifs de soutien aux énergies renouvelables. Comment vos services dans cette période de confinement fonctionnent-ils ?


La CRE, dès le début Mars, s’est mise en mode confinement et travaille quasi normalement en « télétravail ». Seules les équipes de maintenance sont présentes deux fois par semaine sur le site. Pour l’avenir, nous suivrons les consignes gouvernementales et continuerons à remplir notre mission.

Est-ce que la crise sanitaire change fondamentalement l’« équation » du marché européen de l’énergie mis en place il y a vingt-cinq ans ? Quel (juste) place pour la concurrence ? Quelles responsabilités stratégiques pour les États (sécurité d’approvisionnement, …) ?


La crise du Coronavirus interroge fortement le fonctionnement des marchés de l’énergie : difficulté à produire, baisse des prix, difficultés financières des fournisseurs, des clients industriels ou domestiques, ralentissement des investissements.

Oui, le modèle européen de marché en production comme en distribution doit être interrogé. Nul ne peut supporter longtemps des prix négatifs, une telle baisse de la consommation. Mais s’il faut réfléchir sur notre modèle, il faut le faire avec une grande sérénité et dans le cadre européen. Se replier sur soi-même, réagir trop vite, c’est la certitude de se tromper.

Dans un contexte de chute des prix des énergies fossiles, vers quelles priorités l’État français devrait-il allouer ses soutiens futurs ? Les objectifs climatiques pourront-ils être respectés ? Soutien aux énergies renouvelables ? Soutien aux industries, pour favoriser leur redémarrage ? Aides aux plus démunis (précarité énergétique croissante, …) ?


Je veux d’abord mettre en avant la résilience de notre système : notre production produit, nos réseaux transportent et distribuent, que ce soit en gaz comme en électricité. Alors la chute des prix doit-elle changer les priorités de l’Etat ? Ma réponse est non. Ne confondons pas l’essence et la contingence.


La contingence c’est la crise sanitaire extrêmement forte et brutale et il faut adapter notre système. L’essence, c’est la priorité absolue contre le changement climatique qui doit rester le point central du système. Notre PPE vient d’être publiée : on la met en œuvre, dans des conditions différentes, mais on la met en œuvre.

La CRE étant le « maître du jeu » concernant la fixation des tarifs d’utilisation des réseaux (TURPE), qu’est-ce que la crise sanitaire peut potentiellement changer dans les discussions à venir sur ces sujets ?


La CRE est en train de fixer les tarifs dit TURPE pour les années à venir. Elle vient de le faire sans heurt pour le secteur gazier, elle est en cours pour l’électricité. Deux données sont plus fortes : la solidarité nationale et donc la nécessité plus grande encore de modérer les prix d’une part ; une désoptimisation des certains secteurs qui impose de réfléchir à nos investissements qui doivent être plus résilients encore d’autre part. Nous travaillons cela en totale concertation avec tous les acteurs de l’Energie.

Face à la fragilisation des opérateurs énergétiques nationaux (EDF, Engie, Total, …), l’État doit-il intervenir ? Et, éventuellement, favoriser des rapprochements entre eux, pour les protéger, notamment d’éventuelles OPA étrangères (chinoises, …) ?


Nous avons la chance, – mais c’est le résultat du travail de tous -, d’avoir de grands acteurs européens dans le secteur de l’Energie : TOTAL, EDF, ENGIE notamment. Ce sont des acteurs saints. Ils affrontent la crise, mais ils sont solides. Ne commençons pas à diffuser des doutes et des rumeurs. J’ai une totale confiance.

Avez-vous un commentaire sur la décision récente du Conseil d’État qui a validé la position de la CRE sur le dispositif de l’accès régulé à l’électricité nucléaire historique (l’ARENH) ?


Oui, j’ai un commentaire : c’est bien, c’est heureux et cette judiciarisation totale de la vie économique est une catastrophe et ceux qui s’y livrent devraient réfléchir ; depuis 3 ans, la CRE n’a jamais perdu un contentieux.

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