• bsoccol

Depuis quand la Nature est-elle plus bête que l’homme ?


Par Charles Rossignol, ancien journaliste/photographe de presse de tourisme

Pris en pleine tempête, on voit depuis quelques temps les média relayer les théories plus ou moins fumeuses sur l’origine du COVID-19. Est-ce par sentiment de supériorité humaine sur la nature, ou juste par peur de la voir nous déborder au point de nous confiner ? Les politiques sont, eux, dans leurs rôles à s’accuser mutuellement pour ne pas être comptables de leurs échecs. La Chine accuse l’étranger de lui renvoyer « son virus ». Trump accuse la Chine de l’avoir fabriqué à Wuhan, dans ses laboratoires. L’Europe accuse la Chine : « on ne nous a pas tout dit ». Les guerres mondiales ont elle aussi muté de « guerres de tranchées » à « guerres Virales » par médias interposés.

Le problème aujourd’hui c’est que tout va trop vite ; les réseaux sociaux sont plus rapides que les comptoirs de café d’antan. Les politiques courent souvent après les réseaux sociaux pour leurs intérêts partisans. Et les médias relayent les paroles des politiques, bien contents de pouvoir ainsi relayer les rumeurs sans en avoir l’air. La réalité pendant ce temps fait son chemin. L’homme ne supporte pas de se voir mis en échec par un tout petit virus sans cerveau, donc il nie l’évidence.

Nature est assez grande pour évoluer toute seule

Si l’on revient deux minutes aux épidémies, ne nous en déplaise, la Nature est assez grande pour évoluer toute seule contre son principal ennemi, l’Homme.

Elle a d’ailleurs commencé très tôt de tenter de nous éradiquer de la planète.

– La philosophe et médecin, Anne-Marie Moulin, le dit : « Les Hommes préhistoriques ont vu émerger de nouvelles maladies et les toutes premières épidémies, lors de leur sédentarisation et en vivant en contact permanent avec les animaux »[1].

– Les « conquêtes », dès 1492, qui ont apporté dans leurs bagages, microbes et virus qui ont causés, quasi à eux seuls, la disparition de 90% de la population amérindienne.[2]

– Des maladies comme la variole, la lèpre, la tuberculose, les salmonelloses, le ténia ou la typhoïde nous viennent du bœuf et ont façonné l’histoire du Monde. Très récemment,

– A l’été 2016, une vague de chaleur sans précédent frappe la Sibérie, la fonte du permafrost ramène à la surface un cadavre ancien de renne et libère une bactérie de son organisme l’anthrax. Par chance, elle sera maîtrisée (de nombreux malades et 1 seul décès : un enfant).[3]

– Selon PLOS One [4], dans une étude publiée courant 2018, des chercheurs américains ont mis au point un modèle permettant l’évaluation des virus animaux transmissibles à l’homme. Parmi ceux découverts, pas moins de 47 nouveaux virus sont potentiellement dangereux pour nous. Sans compter ceux restant à découvrir.

– « Paul Brey[5] part de l’article de Wong et coll (Viruses 2019.11.174) qui avait prédit cette épidémie à la fin de 2019 par la présence de quantité de chauve-souris dans les marchés ouverts d’animaux sauvages, en Chine. On sait qu’elles abritent plus de 30 espèces de coronavirus! Virus qui ont en outre un pouvoir de recombinaison et de mutation élevée, permettant leur adaptation rapide à d’autres hôtes. »[6]

– Depuis août 2018, une lutte contre une nouvelle épidémie d’Ebola sévie en RDC et en Angola. Il a fallu attendre le 17 juillet 2019, pour que l’OMS déclare que cette épidémie, qui a tué près de 1700 personnes en un an, est une « urgence sanitaire mondiale ». Bilan actuel : 3936 cas et 2250 décès[7] avec une nouvelle augmentation des cas depuis le 15 janvier 2020, ce qui en fait la plus grande épidémie du virus Ébola de l’histoire après 2014. [8]

Eh oui, le voilà notre Grand Laboratoire caché qui laisse échapper des virus mortels, l’Homme. Aujourd’hui, sédentaire et nomade tout à la fois, modifiant son environnement pour son bon plaisir ou par nécessité. Un marchand d’animaux exotiques important des singes porteurs d’une souche d’Ebola aux Etats Unis (1986) aurait pu tourner au massacre. Un simple éleveur en Sibérie véhiculant une souche d’Anthrax libéré des glaces (2016). Un commerçant chinois qui vend un pangolin ou autre animal exotique sur un marché (2019) et le covid 19 apparait. Tous ses hommes, à qui on ne demande pas d’adopter et de respecter des consignes sanitaires, en raison des conflits d’intérêts propres à chaque pays, sont les passeurs involontaires de virus mortels.

Ce sont les Chercheurs, les seuls, à pouvoir nous aider

Non, ni les Chinois, ni les Américains, ne libèrent volontairement de leurs laboratoires les plus grands pathogènes. Nous leur prêtons peut-être trop d’importance dans ce combat bien plus important que celui des Nations Désunies. Ce sont les Chercheurs, les seuls, à pouvoir nous aider à remporter encore quelques batailles contre cet ennemi unique et multiple, l’infiniment petit et l’infiniment grand.

Mais dans ce combat à mort, l’un des deux combattants finira par perdre et admettre sa mortalité. _____________________________________ [1] Anne-Marie Moulin médecin, philosophe, elle est directrice de recherche émérite au CNRS [2] Chiffres du laboratoire Dynamique Du Langage du CNRS « Les langues amérindiennes état des lieux » de Colette Grinevald [3] Selon Sciences et Avenir et le magazine de la santé [4] La Public Library of Science est un projet américain à but non lucratif de publication scientifique anglophone à accès ouvert fonctionnant sur la base de licences libres [5] Dr. Paul BREY, Directeur de l’Institut Pasteur du Laos [6] Extrait de la tribune de Didier Sicard professeur émérite de médecine à l’université Paris-Descartes [7] Sources OMS https://www.who.int/ebola/fr/ [8] Institut Pasteur : Virus Ebola

1 vue0 commentaire