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Cette crise révèle surtout à quel point les inégalités sociales et territoriales tuent


Interview de Stéphane Troussel

Comment expliquez-vous la surmortalité constatée en Seine-Saint-Denis? Densité ? Mauvaise conditions de logement ? Travail en première ligne des habitants qui, pour beaucoup, exercent les métiers clefs aujourd’hui ? Inégalité d’accès aux soins ? Les 3 à la fois ?

Cette crise montre une fois de plus que ce sont les personnes les plus fragiles, qui sont les premières touchées. Elle révèle surtout à quel point les inégalités sociales et territoriales tuent. C’est particulièrement vrai pour la Seine-Saint-Denis, dont le système de soin est épuisé, à force d’avoir été sous-doté par l’État, avec de nombreux habitants qui ont développé des facteurs de comorbidité – asthme, obésité, risques de cancers… – qui sont autant de facteurs aggravants face au COVID19. Nombre de nos habitants sont aussi en première ligne, en exerçant des fonctions dont certains se rendent compte aujourd’hui de leur caractère indispensable : caissières, éboueurs, livreurs, ou bien sûr personnels du médico-social. Enfin, la question du logement pèse aussi, avec parfois la sur-occupation d’habitats dégradés, qui favorise les risques de transmission intrafamiliale. J’ai rappelé à Emmanuel Macron, lors de sa venue mardi, le poids de toutes ces inégalités, et la nécessité de prendre enfin des mesures au sortir de la crise pour en finir avec cette France à deux vitesses. Quelles leçons pourraient-on tirer, sur le plan de l’aménagement urbain: faut-il plus de commerces de proximité, une densité moins forte, des immeubles contenant plus d’espaces extérieur individuels, collectifs? Ces questions sont-elles aujourd’hui sur la table?

En matière d’aménagement urbain cette réflexion a déjà été bien engagée par certaines collectivités, notamment pour adapter nos territoires aux crises climatiques. Lutte contre les passoires thermiques, création d’îlots de fraîcheur, développement de commerces de proximité… Au fond, le COVID19 jette une lumière crue sur toutes ces problématiques, parce que l’on voit bien que le confinement n’est pas vécu de la même manière d’un quartier à un autre. Il s’agit donc d’aller plus loin sur ces questions. Néanmoins, la recherche d’une densité moins forte sonnerait la poursuite de l’étalement urbain, ce qui impliquerait davantage d’artificialisation des sols, des déplacements toujours plus importants et polluants et, in fine, une moindre qualité de vie collective. Attention donc à ne pas chercher des remèdes qui seraient pires que le mal. A quoi ressemble votre quotidien d’élu en temps de crise et dans ce département? Sentez-vous de la part des habitants une défiance ou une attente vis à vis du monde politique?

Le Département de Seine-Saint-Denis poursuit depuis le début du confinement de nombreuses missions, de solidarité notamment, avec plus de 900 de nos 8000 agents mobilisés sur le terrain. Même si nous devons montrer l’exemple et rester confinés, notre travail d’élus est donc de soutenir ces agents et de s’assurer de la continuité de ces missions. Cela passe évidemment par des appels et visio-conférences pour répondre aux autres élus, partenaires et citoyens, ou pour animer quotidiennement notre cellule de crise. L’enjeu est aussi de toujours adapter nos actions et imaginer de nouvelles initiatives pour faire face aux évolutions de la crise et à la durée du confinement. Je pense, par exemple, à la plateforme de rappel de 50 000 personnes âgées du département que nous venons de lancer pour s’assurer que nos aînés ne sont pas isolés ou en souffrance. Je crois que les habitants ressentent pleinement notre engagement et le fait qu’ils peuvent plus que jamais compter sur nous. Cette force des services publics est selon moi une aide d’autant plus essentielle dans une période où les fragilités peuvent s’accentuer.

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